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hueandsaturation:

At about nine o’clock at night.

Tableau 5, dedans

- Je suis globalement assez satisfait de votre travail, Aline, et vous m’êtes très sympathique. Vous êtes d’ailleurs sympathique à l’ensemble de l’équipe, nous apprécions tous votre bonne humeur. Vous avez même un don certain pour amuser vos collègues, d’après ce qu’on m’a rapporté, mais c’est bien là que le problème se pose. Voyez-vous, je vais être franc avec vous : votre problème, c’est que vous ne prenez pas votre travail au sérieux. Il est là, votre problème. Vous n’êtes pas impliquée, vous n’êtes pas dedans. Et, d’après ce qu’on m’a rapporté, vous n’êtes pas dedans à au moins 40 % de votre temps de travail. Alors, je pose la question : est-ce que vous trouvez que vous êtes dedans ? est-ce que vous trouvez que vous prenez votre travail au sérieux ?

Tableau 4, long et sucré

A 11 h pile, le Directeur m’ouvre sa porte et d’emblée, me dit :

“Prenez place, prenez place. Et si j’allais nous chercher un petit café pour commencer ?”

C’était bien la première fois qu’il me payait un café, la démarche devait faire partie du concept, laisser le salarié s’installer et attendre, le laisser attendre et cogiter, le laisser cogiter et là, le cueillir comme un fruit ramolli avec la fausse convivialité du café en gobelet.

“Tenez, long et sucré”, me dit-il en tendant le gobelet.

L’espace d’un instant, je me demande s’il n’y a pas glissé quelque drogue secrète qui lui permettrait de recueillir des informations auxquelles sinon il n’aurait jamais accès. Je place le café à bonne distance de moi sur la table et le Directeur lance d’un ton décontracté :

“Alors, commençons”.

Tableau 3, rendez-vous avec X

J’étais convoquée lundi à 11 h, ou plutôt, pour être en accord avec le concept, j’étais “invitée” à la “rencontre individuelle” lundi à 11 h. Ce lundi vers 10 h 30, je gribouillais avec application sur un post-it en n’écoutant que d’une oreille le bagout d’un fournisseur au téléphone.

Tandis que je dessinais des piles de ronds et des damiers au stylo bic, je m’amusais à voir dans la “rencontre individuelle” programmée une sorte de rendez-vous avec soi-même, une rencontre avec son moi profond, bref, à l’évidence, tout l’inverse de ce qu’on pouvait vous concocter dans une entreprise.

Tableau 2, leçon de langue de bois

- Il faut bannir le mot “évaluation”, facteur de stress pour le salarié, et remplacer l’entretien par une “rencontre”, qui évoque un moment plus informel, presque… convivial, je dirais, a-t-il ajouté dans un petit rire étouffé, content de lui. Vous verrez, a insisté le consultant auprès de la Direction, vous verrez, le salarié se sentira en confiance, vous pourrez alors faire passer votre message de manière plus efficiente et le salarié sera porté à un acquiescement plus collaboratif.

http://concretions.blogspot.fr/

Tableau 1, drôle d’endroit pour une rencontre

Dans l’entreprise, on a mis en place des “rencontres individuelles”. Un consultant en ressources humaines, grassement rémunéré (j’ai vu passer les factures), s’est fendu de cette invention. Fini l’entretien annuel d’évaluation, place à la “rencontre individuelle”.
Presque-fiction du premier mai
http://concretions.blogspot.fr/

Graham Hutchinson
Have a Collapse

"Sommes-nous tous interchangeables ?"

Oui, mais ce n’est pas grave. Cela ne nous empêche pas d’être singuliers dans le collectif.

http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-sommes-nous-tous-interchangeables-2014-07-03

imageira joël haber

lelongdutemps:

Trio A, 1973.

Yvonne Rainer

(Source : shihlun, via goodmemory)